Brève histoire du SEL

Brève histoire du SEL
 
Aux crises suscitées par le capitalisme dans son train d'ascensions et de chutes n'ont cessé de répondre des tentatives de redéfinition du système monétaire.

Tout se passe comme si c'était à cet outil qu'est l'argent que l'on pouvait demander les raisons des dysfonctionnements socio-économiques et leur remède.
 
Au Canada, en 1983, est né un premier système appelé LETS (Local Exchange and Trading System).
 
L'idée était simplement de rationaliser le troc local afin de tirer parti des nombreux savoir-faire sous-employés dans une région qu'avaient désertée les principales entreprises productrices d'emploi.
 
Le troc ne se ferait plus entre deux personnes mais au travers du système et de son unité d'échange, le "dollar vert", qui équivalait conventionnellement au dollar canadien.
 
Un comptable enregistrait les montants échangés et informait les participants de leurs soldes. Cette première tentative fut mise en faillite par une perte de confiance des principaux échangeurs. Un participant accusa une dette de 14.000 "dollars verts" ce qui mit le système en danger au point qu'on ne tenta même pas de remise à niveau des comptes.
 
C'est rétroactivement, et notamment avec la publication en Angleterre du livre de Guy Dauncey After the crash : the emergence of the rainbow economy (1988) que l'expérience canadienne s'est inscrite dans la filiation des économies alternatives, qui visent une redéfinition de l'argent mettant l'intérêt de chacun au service de l'intérêt de la communauté. Dès la fin des années 80, les systèmes Lets commençaient à proliférer en Angleterre, dans des zones où le chômage atteignait des taux records. Et cela, selon une dynamique de réseau : un véritable kit contenant des conseils, des encouragements, des adresses, des échantillons de "chèque", de bilan comptable, de listes de services, et même un logiciel, est mis à disposition de tout groupe débutant, mais chacun a la tâche d'adapter le dispositif aux particularités locales.
 
La 'charte' Lets, qui donne son identité au système, inclut les principes suivants : les participants évaluent eux-mêmes les transactions; il n'y a pas d'obligation d'accomplir des transactions; le système Lets tient la comptabilité des échanges en termes de débit et de crédit, évalués selon une 'unité de compte' définie localement; seules ces unités entrent dans la comptabilité. Les comptes en crédit ou en débit ne donnent place à aucun intérêt, et les membres ne sont pas tenus à avoir un compte positif pour accéder à un service.
 
Afin d'éviter que ce système de 'compensation d'échanges locaux' ne rencontre l'écueil canadien, l'accent est mis sur la convivialité, la transparence et la participation de tous aux problèmes de fonctionnement. Un comité est prévu qui repère en temps utile les comptes "déviants" (dont le débit devient trop élevé), et cherche avec leurs détenteurs les moyens de les rééquilibrer.
 
On estime que les Lets ont proliféré en 1994 à raison de huit à dix par mois en Angleterre, au Canada, aux USA, en Nouvelle Zélande, en Australie, en Irlande, aux Pays-Bas. Ils dépassent désormais le millier, certains disparaissant très vite, d'autres s'étendant et essaimant. En France le système rebaptisé SEL se développe pour l'instant essentiellement dans le sud. En Belgique on expérimente déjà à Gand, Louvain et Anvers, et on discute à Bruxelles.
 
Et au pays de Luxembourg ...
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